Incompétence des dirigeants de la Ligue Nationale de Basket
En juillet dernier, la Ligue Nationale de Basket (LNB) modifiait l’article 316-5 de son règlement : l’usage de klaxon, corne de brume, mégaphone, vuvuzela, est désormais banni des salles de Pro A et Pro B ! Cette décision semble étrange et difficilement explicable ; l’intitulé même de cet article prêtant à sourire (Rôle du speaker – Usage du micro – Instruments de musique). Plusieurs questions méritent d’être posées :
1- A qui est destinée une telle réglementation ?
Les supporters du basket sont réputés, en France, pour leur calme et leur fair-play. L’ambiance dans les salles est agréable ; il n’y a jamais d’incident, que l’équipe encouragée gagne ou perde. Oui mais voila, est né en 2007, à Limoges, un club de supporters qui détonne dans ce monde policé : les Eagles. Plusieurs dizaines de personnes sont rassemblées dans une partie de la salle de Beaublanc (la salle de Limoges) et encouragent le CSP en chantant tout le match. L’animation : c’est eux ! Pire encore : des déplacements sont organisés, et là encore, on les entend beaucoup (trop ?).
De plus, à l’été 2012, est né un nouveau groupe de supporters à Limoges : les Ultras Green. Rien que le nom fait peur : ce sont des ULTRAS ! Sont-ils pour autant des hooligans ? La réponse est NON ! Mais on a depuis longtemps, en France, oublié de définir correctement les mots, les choses. Des Ultras sont des supporters qui animent leur partie de tribune par des tifos et qui chantent sans s’arrêter pour encourager leur équipe. Ce ne sont ni des voyous, ni des hooligans, ni des délinquants.
Se pose alors une autre question :
2- Pourquoi un tel article ?
La réponse n’est pas évidente, bien que des suppositions, voire des éléments de réponses, sont possibles.
Premier élément : il semble que cette façon de supporter son équipe dans le « Monde du basket » ne plaît pas. Evoquons quelques faits : les Eagles fonctionnent avec deux Kapos ; c’est-à-dire des leaders de tribune qui entraînent les autres supporters avec des mégaphones (tiens ! tiens !). A domicile et parfois à l’extérieur, ils sont mêmes accompagnés par un ou deux toms (élément de percussion permettant de donner un rythme aux chants). Or dans plusieurs salles lors de la saison 2011-2012 en Pro B, le délégué de la ligue a fait interdire les mégaphones (ce fut le cas à Bourg-en-Bresse notamment) ! Pourquoi ? Quel est le danger ?
Deuxième élément : dans la plupart des salles de France, le speaker joue un rôle important puisque c’est lui fait l’animation : présentations du match et des équipes, annonces des marqueurs, incitations à applaudir…tout est parfaitement huilé, coordonné avec la sono. Cette dernière, extrêmement puissante, accompagne également les apparitions des pom-pom girls. Bref, c’est un vrai show…à l’américaine. Cela est vrai partout, sauf à Limoges ! Un speaker est présent, il assure l’animation officielle. Mais l’ambiance est mise par les groupes de supporters, notamment depuis 2007, par les Eagles.
Troisième et dernier élément : si le mouvement Ultra ou simplement la présence de supporters atypiques pour le basket français et la LNB à Limoges est si gênant, comment se fait-il que le groupe Eagles n’ait pas été interdit dès 2007 ? Ou au moins à partir de 2008, après un an d’existence et de chants ? Il semble que les dirigeants du basket français aient été surpris ou dépassés par ce qui arrive à Limoges. Ce n’est pas ce qui était voulu pour le basket national et la situation sportive du CSP ne laisser présager en rien, à l’époque, d’une telle réussite populaire pour ces groupes de supporters (Eagles et Ultras Green notamment). Mais là encore, c’est oublier l’histoire du basket français et particulièrement celle du Limoges CSP. Parce qu’à Padou, Grenoble, Athènes, Malaga et ailleurs en Europe ; à Cholet, à Orthez, à Pau, à Villeurbanne et ailleurs en France, les exploits du CSP ont toujours été accompagnés par ses supporters. Les images des limougeauds tous de jaune vêtus dans la salle de la Paix et de l’Amitié à Athènes, sautant de la première à la dernière seconde, chantant pour encourager les joueurs vers le titre européen ont trouvé un écho. Et si les groupes de supporters ont su succès auprès des plus jeunes, ils sont aussi composés des plus anciens ayant connu les décennies 80 et 90. C’est donc bien dans les gênes du public limougeaud d’agir ainsi et les dirigeants du basket français l’ont sans doute sous-estimé. Ils réagissent donc à retardement et bêtement à un mouvement qu’ils ne comprennent pas et qui ne correspond pas au basket feutré qu’ils désirent.
3- Dernière question : à quoi correspond cette décision ?
Un mégaphone, une corne de brume ou autre klaxon sont considérés comme pouvant être des armes à destination ! Mais pas une trompette, des baguettes d’un tambour ? Ouf, les supporters limougeauds pourront conserver leurs toms ! Et surtout, les bandas pourront continuer à jouer. Celles-ci ne sont pas gênantes, bien au contraire. Elles participent à mettre une certaine ambiance dans des salles comme à Gravelines. Or, si la ligue avait aussi interdit les instruments de musique, les bandas n’auraient plus eu droit de citée dans le basket. Quelle hypocrisie !
Il s’agit alors peut-être d’une question d’anticipation ? Les mégaphones sont utilisés pour haranguer, entraîner les gens à être toujours plus dynamiques, vigoureux dans leur façon de chanter, de crier. Mais pourquoi ne pas faire de la prévention en travaillant avec les responsables des groupes de supporters plutôt que d’interdire ? Quelle crainte ces gens ont-ils ? Il y a une dizaine n’années, les Granatas Kops avaient existé pendant un an puis très justement dissouts parce que certains de leurs membres n’avaient pas respecté l’éthique sportive. Mais qui chez les Eagles s’est mal comporté ? Le Président de ce groupe de supporters fait un formidable travail ; il n’hésite pas à sanctionner les fauteurs de trouble. Certaines personnes se sont vues refuser leur ré-adhésion aux Eagles. Une collaboration étroite entre les Présidents du CSP et des groupes de supporters avec les dirigeants de la ligue aurait été préférable.
Mais la question n’est pas vraiment là. Parce qu’in fine, la volonté d’ « américaniser » le basket français est trop forte. Pourtant, les finales de Bercy n’ont pas connu le succès espéré, et le retour d’une finale aux meilleurs des 5 matchs a déjà été officialisé. Mais depuis 10 ans, le modèle du basket business gagne du terrain avec ses parfaits ambassadeurs : Boris DIAW, Tony PARKER, Joachim NOAH, etc. Or le championnat de France est de plus en plus faible ; sa place en Europe aussi. Il est donc tant de se poser les bonnes questions. Que nos meilleurs joueurs partent en NBA n’est pas un problème. Mais le basket en France a son identité. Et ce n’est pas en reniant ce qui le caractérise que nous retrouverons le niveau qui était le notre lorsque Limoges parcourait le continent en quête d’exploits, accompagnés de ses fervents supporters. Ces mêmes supporters que nous retrouvons aujourd’hui dans toutes les salles de France et qui, de par leurs animations, leurs chants, leur présence, attirent toujours plus de monde.
Cordialement.